1 février 2011

Au Delà

  Au-delà              
                                                             De Clint Eastwood

Clint Eastwood, après 20 ans de chefs-d’œuvre, et après la déception Invictus, revient avec un projet inquiétant, TRES inquiétant : un film « fantastique » sur la vie après la mort, alimenté d’illustrations du tsunami de 2004, de visions de la mort entièrement en effets numériques, tout cela sous la forme d’un film choral à intrigues interposés. Que venait faire Clint Eastwood là-dedans ? Quel était son objectif ? Un film pour gagner encore de l’argent ? Eh bien, loin delà ! Eastwood ne s’intéresse pas tant que cela à cet « au-delà », il profite de ce sujet pour revenir à ses fondamentaux (la plupart perdus dans Invictus) qui font la force de son cinéma, l’intimité, les choix de vie, les « dons » qui peuvent éclairer nos vies comme ils peuvent détruire nos relations.

La meilleure partie d’Au-delà est celle qui s’intéresse au personnage du médium, joué par un Matt Damon somptueux. Celle-ci est surement la partie la plus intimiste du film avec notamment ses scènes où ce personnage passe ses soirées à écouter des textes de Charles Dickens lus à la radio. L’idée de Dickens est tout bonnement géniale, cet auteur qui a tant écrit sur la pauvreté et la misère vient s’inviter à la tristesse de ce médium, cet idée trouvera encore plus de sens avec une des autres parties du film qui décrit le parcourt de deux jumeaux. La détresse du personnage est tout simplement bouleversante. Ce «don » qui lui permet de « contacter » les disparus et qu’il perçoit plus comme une malédiction, le fait plonger dans un immense doute. Son frère veut absolument lui faire exploiter celui-ci pour gagner plus d’argent, le fait d’être médium lui empêche de conquérir la femme qu’il aime après qu’il ait découvert lors d’une « séance » bien des secrets sur celle-ci, des secrets qu’elle aurait bien aimé oublier… La mise en scène tout en simplicité du maître Clint ne fait que renforcer la force de cette partie qui se rapproche beaucoup du chef-d’œuvre.

La partie des deux jumeaux est également superbe. Alors qu’ils vivent une existence difficile auprès de leur mère alcoolique et droguée, l’un des deux, en allant chercher des médicaments pour sa mère qui veut guérir, se fait agresser puis renverser par une voiture. L’enterrement du garçon est tout bonnement sublime ; il montre toute la frustration et la solitude de ce jeune héros. L’un des deux reste seul, cherchant à tout prix à renouer des liens avec son défunt frère. L’errance de ce petit garçon est filmée comme un conte, et surtout (PUR HASARD !) comme un conte de Dickens. C’est là tout le génie du réalisateur, ne pas seulement rassembler toutes ces histoires par le scénario, mais aussi par la mise en scène, et avec quel talent !       

L’autre partie, française, est, avouons-le, assez décevante. Non pas pour son jeu d’acteurs, excellent (formidable Cécile de France et très charismatique Thierry Neuvic), ni pour sa réalisation sobre et sans faux-raccord, mais pour son écriture. Nous, Français, comprenons vite que le scénariste ne connaît pas très bien la France… Le scénario de Peter Morgan (scénariste de l’excellent The Queen, de Stephen Frears) reste tout de même un léger problème au film, car le côté « choral » du film n’est pas très bien écrit. On sait que la réussite d’un film de Clint Eastwood tient souvent à son scénario, mais ici, il réussit à sublimer un scénario peu passionnant par la réalisation.
Ce qui étonne le plus, c’est ce titre,  au-delà … Pourquoi ce titre étonne-t-il ? Parce que le film ne traite pas concrètement de la vie après la mort. C’est un conte contemporain, qui explore notre société d’aujourd’hui, en passant par des catastrophes récentes qui ont secoué notre monde (le tsunami, l’attentat du métro de Londres, etc.). Eastwood utilise ce sujet comme prétexte pour décrire l’importance du succès pour une personne d’aujourd’hui, pour explorer, à travers des détails, quelles sont les icônes de nos jours (les « Black Berry » qui sont souvent montrés dans des affiches publicitaires, les vidéos de « YouTube » ou encore l’autocollant de Che Guevara sur les casiers des ouvriers collègues de Matt Damon). C’est là que l’arrivée de Dickens est une idée tout à fait étonnante, qui vient en contraste complet avec notre société où l’argent et le succès règnent en maître.      
Les effets spéciaux sont tout de même présents. L’exemple qui restera dans les mémoires est la scène du Tsunami, terrifiante. Filmée au plus près de l’action, elle étonne surtout lorsque l’on sait que le réalisateur n’a jamais touché au film-catastrophe.

Eastwood signe donc ici son mélodrame le plus abouti (Eh oui, « mélo » ne veut pas forcément dire mauvais film). Excepté le final qui tire un peu fort sur les violons, Monsieur Clint évite les lourdeurs dans sa réalisation (contrairement à Invictus) ce qui laisse présager un retour à la belle époque « Eastwoodienne ». Et ça, ça ne peut qu’être positif pour notre 7ème Art.

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