Le 18 mars 2011
Hautefeuille Times
N° 8
ÉDITORIAL : JEUNESSE DE M. LARY
Vous en rêviez.... Nous l’avons créée ! Notre nouvelle rubrique consiste à raconter la jeunesse d’un professeur choisi avec soin... Dans ce numéro, nous nous attardons sur les années folles d’un professeur aimé de tous : M. Lary. Dans son adolescence, le jeune Hubert était à la fois « calme et respectueux » en même temps qu’il pouvait être « complexe ». Dans son collège public, il était libre de se vêtir selon ses envies et ses goûts. Ses cheveux longs collaient parfaitement à l’époque de sa jeunesse, qu’on a tous rêvé de vivre un jour, les années 80. Ses souvenirs concernant ses préférences musicales sont trop flous pour qu’il puisse citer le nom d’un groupe, cependant il se souvient de son goût prononcé pour le rock.
M. Lary préférait, comme nous tous, passer du temps avec ses amis que rester à sa table de travail... Son attirance pour la lecture et les jeux de société lui sont restés en tête. Sa grande taille lui permettait de pratiquer le basket avec excellence, il appréciait également le cyclisme.
Et aujourd’hui M. Lary est un professeur de mathématiques plus que confirmé et adulé par la PLUPART de ses élèves, l’avait-il imaginé? Oui, depuis ce jour, oú étant en primaire, il annonçait à ses
parents qu’il voulait devenir professeur de mathématiques...
Guillaume Lejeune
Essai de brouillon d’essai
Du
Traité du délicat et nôble art de la Boustifäille
Se nourrir n’est pas un acte qui peut se faire avec raffinement. Bien au contraire, c’est seule la pulsion de survivance qui nous pousse à le faire, parfois de la façon la plus non-courtoise (in)imaginable.
Les fauves et les sauvages se nourrissent en suivant leurs instincts, sans penser, sans comprendre la suavité possible de la chose. Soit est-ce par incapacité (ne veulent et ne peuvent), soit par manque de moyens et d’Esprit. On peut alors se demander quand, pourquoi et comment la bête passe-t-elle à l’état de créature supérieure, celle qui profite de l’éternel plaisir de bien manger. Car oui, tout être raffiné voit la préciosité de sa pensée métamorphosée en finesse et subtilité culinaire.
Nous avons répondu à la question du quand. En effet, c’est lorsque l’être a une philosophie de vie, une spiritualité, un questionnement source de souffrances ininterrompues et donc de plaisir recherché qu’il conçoit le divin art de bien manger.
Le pourquoi du comment, quant à lui, est aisé à comprendre : quand l’être se questionne, les sujets de vie et de plaisir, de pouvoir sont abordés. Il cherche alors la jouissance de l’existence en chaque instant de celle-ci et dans chaque possibilité que cette dernière lui offre.
Savourer est le parfait exemple du devoir transformé en pouvoir, de l’accablante condition de survie en plaisir infini.
C.I.L.B.R. Aubert
TRUE GRIT
Un conte de l’ouest
Les frères Coen, depuis le début des années 2000, ont un peu délaissé leurs œuvres personnelles. Prenant un genre qui a déjà ses lettres de noblesse, ils le réécrivent, le réinventent, tout en respectant les codes de ce genre. En 2001, ils rendaient hommage au film noir des années 50 avec The Barber, en 2002 aux comédies de mœurs sur les modèles Lubitch et Capra, avec Intolérable Cruauté ; en 2004 dans leur remake de Ladykillers, ils inventaient la comédie « so-british » à l’américaine… C’est avec No country for old men qu’ils atteignaient le sommet de ce principe : le film, entre film noir, thriller et western, allait bien plus loin que les autres « essais » des Coen, qui à côté de celui-là pourraient ressembler à de simples pastiches. Après la parodie des films d’action américains, Burn after reading, les deux étranges frères étaient retournés au cinéma de leurs premières amours, personnel, avec l’un des sommets de leur carrière, A serious man. Et donc, en 2011, les Coen reviennent avec leur système favori du XXIe siècle. Le film fut présenté comme un remake de 100 dollars pour un shérif d’Henri Hattaway (l’unique rôle « oscarisé » du légendaire John Wayne), cependant il est bien plus proche du roman initial de Charles Portis, et bien sûr, de l’univers des frères Coen.
Le premier plan du film, magnifique, confirme évidement qu’on est au pays des Coen. Ce long fondu du noir laisse apparaître un cadavre, seul devant un bar, sous une nuit d’hiver (on repense à La Neige de Fargo, un des chefs-d’œuvre des réalisateurs). Comment ne pas penser également à la scène d’ouverture de A serious man (le conte du dibbouk, sous une nuit glaciale, enneigée et chaotique), d’autant plus que la démarche est identique. Le conte du Serious man était une manière d’introduire le film par une histoire « hors-récit » (qui n’appartient pas à la narration principale). Dans True grit, les Coen ne rendent pas seulement hommage aux westerns mythiques, âpres et violents ; ils invitent le spectateur à un conte, plein de créatures étranges : les « créatures » des frères Coen. Cette jeune héroïne vengeresse, Mattie Ross (superbe interprétation de la jeune Hailee Steinfeld, remarquable dans ce rôle de jeune fille courageuse, intrépide autant que fragile et innocente) est plus proche de la Alice de Lewis Carrol que d’une grande « femme de l’Ouest ». Celle-ci découvre, au fur et à mesure de sa chevauchée, des « trognes », des « créatures » étonnantes, elle découvre l’imaginaire des frères Coen… Les Coen rappellent, et cela fait un bien fou, que la mise en scène n’est pas qu’histoire de mouvements de caméra, montage ou découpage… La mise en scène repose également sur les visages donnés aux acteurs, leurs démarches, leurs expressions… De ce point de vue-là, les acteurs sont merveilleux… Jeff Bridges retrouve, et non sans jouissance, son rôle de « beauf » à la The Big Lebowski, comédie loufoque des frères Coen, ici, déguisé en cow-boy. Sa générosité, son humanité, sa grossièreté trouvent ici leur apogée, tout comme ses expressions qui sonnent comme des hommages à ses maîtres (on pense très souvent à Orson Welles). Matt Damon montre une nouvelle fois qu’il est un grand acteur. Après avoir porté sur ses épaules le dernier Eastwood (Au-delà) en faisant vivre le prolétariat à lui seul, avec brio, il est ici remarquable de drôlerie et d’intelligence. Et enfin Josh Broslin qui est « l’ogre » de ce conte, prouve que, malgré de brèves apparitions, on peut faire ressortir son talent.
Mais True grit va plus loin dans le conte que A serious man ; la scène d’ouverture n’est pas la seule coupure du récit : plus loin dans le film, une scène laisse béat le spectateur. La jeune fille, mordue par un serpent, est emmenée à cheval par le Marshall. Cette ultime chevauchée, sous la neige, derrière des décors irréels, filmée comme un rêve, stoppe la narration, pour nous inviter une nouvelle fois au merveilleux, lorsque tout le monde arrive à bout de forces (le marshall, la jeune fille et le cheval). Un rêve éveillé qui laisse une impression de désenchantement mais non de désespoir comme dans A serious man.
Cependant, les frères Coen n’ont rien perdu de leur incroyable sens du dialogue, de leur impressionnante maîtrise de la violence. Les quelques instants de brutalité, complètement inattendus et formidablement mis en scène, giflent le spectateur, sans le déstabiliser, seulement en le tétanisant devant une telle maîtrise…
Pour conclure : True grit est un grand Coen (au niveau de Miller’s Crossing, quoi qu’en disent les critiques), un grand Western, un grand conte cinématographique. Ce superbe hommage au 7e Art ne laissera personne indifférent ; même les « non-cinéphiles » sortiront comblés. Les frères Coen sont définitivement entrés dans la légende du cinéma, dans le panthéon des plus grands réalisateurs de tous les temps. Tout simplement, les meilleurs de leur génération, et actuellement.
Pierre-Jean Delvolvé
NEVER SAY NEVER, sur Justin Bieber x
Pas besoin de s’attarder longuement sur ce produit marketing malsain… Je ne critiquerai pas la musique de cette jeune coqueluche de la pop, je m’attaquerai simplement à ce que je considère comme un scandale… Je n’interdis pas à ce «pseudo-artiste» de s’attaquer à la musique, si certains considèrent qu’il a du talent… Mais qu’on se permette de faire un film sur un pauvre adolescent dont tout le monde se moque littéralement, me choque profondément ! Alors, il est vrai, mon rôle n’est pas de juger l’aspect moral d’un film, mais de le juger d’un point de vue cinématographique, pas d’inquiétude, je m’y attarde immédiatement…
Si seulement la mise en scène pouvait sauver le film du naufrage dans lequel il est tombé… Eh bien non… Pour résumer, nous assistons à un spectacle laid, horriblement filmé, à la réalisation digne d’un clip… Si déjà un clip de Justin Bieber est laid, quand celui-ci dure plus d’une heure et demie on ne peut rester jusqu’au bout… Voir le 7ème art massacré par une telle arnaque, pour un produit marketing télévisuel, alimenté d’une 3D relief qu’on n’avait pas encore vu aussi inutile (et pourtant c’est difficile !), m’a tout bonnement scandalisé. Et je n’ai pas supporté tant de temps à voir (et à ENTENDRE) tant d’ordures.
J’avoue être sorti avant la fin, le cinéma est un art trop beau, et la vie est trop courte pour s’ennuyer à ce point-là !
Pierre-Jean Delvolvé
LA DÉMOCRATIE ET LA RUE
Les événements de Tunisie, d’Egypte et de Lybie, sans parler des autres pays d’Orient, en même temps qu’ils suscitent un grand espoir, posent une question : comment parvenir à la démocratie ? Dans ces pays, pendant des années, nous ne nous sommes pas inquiétés du fait qu’il y ait des régimes dictatoriaux, des présidents à vie qui gouvernaient en ayant muselé toute opposition… En Tunisie, c’était le président Bourguiba qui gouvernait en autocrate* ; en Egypte, Moubarak ; en Lybie, Kadhafi ; ailleurs, ce sont des royaumes : Arabie, Maroc, Jordanie… Il y a peu de liberté d’expression, peu de diversité dans les partis ; souvent, la liberté religieuse est limitée à celle des différentes expressions de l’Islam… Mais là où les sunnites* dominent, les chiites* eux-mêmes sont étouffés. Quant aux chrétiens et aux juifs, ils sont souvent réduits à l’état de « dhimmis » (pour l’Islam, catégorie inférieure de citoyens). Et même dans l’Islam, la situation de la femme est dramatique : interdite même de permis de conduire en Arabie Saoudite, elle ne jouit pas des libertés élémentaires qu’ont les hommes, même non-musulmans. En ce qui concerne les monarchies, ce sont des dynasties souvent imposées par les Américains, dominées par les familles, et les ministres eux-mêmes n’ont souvent aucun pouvoir. On comprend qu’avec le développement de la formation universitaire, les habitants de ces pays aspirent à plus de libertés.
Pourtant, cette liberté doit-elle passer par la révolte ouverte, et que peut donner cette révolte ?
On peut penser que, dans la situation d’absence totale de liberté qui était la leur, il n’y avait pas d’autre moyen que de descendre dans la rue. Néanmoins, cette façon de faire comporte un très grand risque, inhérent à toutes les révolutions : celui de créer une situation pire que la précédente, ou même le chaos total. Qu’on pense par exemple à la révolution d’Iran, qui a chassé le Shah, mais qui a fait naître un régime islamique étouffant, se réclamant de la charia, la loi traditionnelle de l’Islam. La plupart des régimes renversés ces dernières semaines avaient dû lutter contre des oppositions musulmanes qui n’étaient guère libérales. A l’occasion de ces grands bouleversements, ne risquent-elles pas de ressusciter ?
Silvestre Baudrillart
*Lexique :
AUTOCRATE : gouvernant autoritaire qui ne rend de comptes qu’à lui-même.
SUNNITES : Musulmans qui se conforment à la Sunna, tradition orthodoxe de la religion islamique. L’Arabie Saoudite, par exemple, est sunnite en majorité.
CHIITES : Musulmans se réclamant d’Ali, gendre de Mahomet. L’Iran est, lui, majoritairement chiite.
LE VAMPIRE À TRAVERS LES ÂGES
Le thème du vampire a inspiré les poètes et écrivains depuis 1748, année à laquelle Heinrich Augustin von Ossenfelder écrit Der Vampyr. En 1797, soit un siècle avant Bram Stoker, Goethe, dans la Fiancée de Corinthe, aborde sous forme de métaphore l’état non mort d’une jeune femme se nourrissant de sang.
Le premier texte anglais sur ce thème fut the Vampyre de John Stagg en 1810. Mais le premier personnage qui attira l’attention fut Lord Ruthven, créé par John William Polidori en 1819 dans une longue nouvelle intitulée Le Vampire.
Avec sa publication, le thème du vampirisme devient alors incontournable et de nombreux auteurs britanniques, allemands, français s’y essaient : Théophile Gautier, Hoffman, Tolstoï, etc.
En 1897, Bram Stoker crée Dracula, faisant apparaître le mythe du vampire comme révolution dans la littérature fantastique et le sacre en tant que personnage de fiction à part entière.
Dans Je suis une légende, son premier roman, Richard Matheson met en scène le dernier humain vivant dans un monde peuplé de vampires, tout en prétendant apporter une explication scientifique à l’existence de ces derniers.
Andéol Bonnet